Document de référence de l'Appel pour l'enfance, Les déclarations publiques, début mars 2009, de l'archevêque d'Olinda et de Recife qui a annoncé l'excommunication de la mère et de l'équipe médicale ayant mis fin à la grossesse d'une petite fille de 9 ans ont profondément choqué l'opinion publique et ont jeté le trouble chez de nombreux catholiques.
Rappelons que cette petite fille était enceinte de 4 mois de jumeaux et qu'elle avait été violée depuis l'âge de 6 ans par son beau-père. Sa sœur aînée de 13 ans, souffrant d'un handicap mental, avait également été abusée par son beau-père.
Plusieurs personnes et organisations proches du Bureau International Catholique de l'Enfance (Bice), ou qui soutiennent notre action par leurs dons nous ont demandé quelle était notre position sur cette affaire.
1. Tout d'abord, nous voulons dire que le Bice prône le respect du droit à la vie.
« L'enfant à naître est déjà porteur de droits fondamentaux : il a le droit à la vie en tant que lui-même. Il n'est ni le simple prolongement de la vie et du désir de ses parents ni leur propriété. Il a aussi un droit aux soins de santé.
Il a besoin que ses parents soient prêts à le recevoir convenablement. Il est donc nécessaire de préparer les jeunes à toutes les dimensions d'une parentalité responsable, sans exercer de coercition sur leurs projets parentaux ni empêcher l'issue d'une grossesse commencée.
La société et l'État doivent mettre en place des structures pour permettre la naissance d'un enfant dans de bonnes conditions. Ils doivent aussi promouvoir une culture du respect, pour sa vie comme pour celle de ses parents. Ce respect est indispensable pour vivre dans une société humaine et pour que le futur adulte y apporte demain une contribution positive. »
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2. Dans le cas présent, la mère de la petite fille comme les équipes médicales ont estimé, sur la base des données dont elles disposaient, que la vie de la petite fille était en danger et sans doute aussi celle des enfants à naître, danger de nature aussi bien physique que psychologique.
Dans un cas aussi grave que celui de la fillette d'Alagoinha, nous pensons que la situation, toujours très complexe, doit, au vu de toutes les donnée disponibles, être appréciée en conscience, une conscience certes éclairée, pour les croyants, par le message de l'Évangile et l'enseignement de l'Église. Les solutions ne peuvent être trouvées dans l'application automatique d'une norme formelle, sinon on risque d'aboutir à un résultat strictement inverse de celui visé, et surtout le risque est grand d'agir sans humanité.
La décision empreinte d'humanité (dans le présent et pour l'avenir) prise par la mère de l'enfant et par l'équipe médicale nous semble tout à fait légitime.
3. Le cas de la petite fille d'Alagoinha, s'il est particulièrement dramatique, n'est malheureusement pas un cas isolé.
Nous savons que les enfants abusés le sont le plus souvent au sein même de leur famille proche ou élargie. Les violeurs doivent être traduits en justice et les enfants victimes doivent obtenir réparation.
Il faut aussi que ces enfants soient accompagnés et reçoivent les soins médicaux et l'aide psychologique qui les aidera à repartir dans la vie. Des structures d'accueil très diverses existent dans nos organisations mais nous constatons malheureusement que dans de très nombreux pays les politiques publiques sont encore souvent largement déficientes dans ce domaine.
4. Par-dessus tout, ces enfants et ces jeunes filles doivent bénéficier d'un climat d'accueil, d'écoute, d'affection vraie et d'amour dont leur enfance a été le plus souvent privée.
Cette approche est celle que les hommes et les femmes des organisations membres du Bice s'efforcent de mettre en œuvre au jour le jour. Ils le font toujours avec un grand professionnalisme et y mettent toute leur intelligence et tout leur cœur. Il s'agit, nous le savons bien, d'un travail extrêmement difficile qui n'est pas toujours couronné de succès. C'est pourquoi ces hommes et ces femmes, qui ont pu se sentir blessés par les propos de l'Archevêque d'Olinda Recife, méritent que nous leur redisions toute notre estime et que nous leur exprimions notre soutien plein d'affection.
5. Ce soutien et cette affection, nous l'adressons aussi bien entendu à la petite fille d'Alagoinha.
Nous reprenons les termes de la conclusion de l'article de Mgr Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, paru le 15 mars dernier dans « l'Osservatore romano ».
Après avoir rappelé avec beaucoup de clarté la position de l'Église - la condamnation de l'avortement au nom du caractère sacré de la vie - Mgr Rino Fisichella s'adresse en ces termes à la fillette, appelée Carmen pour la circonstance :
« Carmen, nous sommes avec toi. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l'amour dont tu as encore plus besoin. Ce sont d'autres personnes qui méritent l'excommunication et le pardon, pas ceux qui t'ont permis de vivre et t'aideront à retrouver l'espoir et la confiance .»
Cet Appel sera lancé à Genève en juin 2009, à l'initiative du Bice, pour le 20ème anniversaire de la Convention relative aux droits de l'enfant.