6. Garantir une éducation de qualité à tous les enfants
42. La réalisation des droits de l'enfant passe prioritairement par le droit à l'éducation, au sens large du terme, tant à l'école que dans le cadre de la famille, des communautés. Ce droit englobe « toute la série d'expériences de vie et des processus d'apprentissage qui permettent aux enfants, individuellement et collectivement, de développer leur propre personnalité, leurs talents et leurs capacités et de vivre une vie pleine et satisfaisante au sein de la société.» [53]
43. Un effort sans précédent à faire pour assurer l'école pour tous
L'article 28 de la Convention prévoit « [...] l'enseignement primaire obligatoire et gratuit pour tous ».
Cet engagement fait également partie des Objectifs du Millénaire, cible 2.A : « D'ici à 2015, donner à tous les enfants, garçons et filles, partout dans le monde, les moyens d'achever un cycle complet d'études primaires.» Tous les acteurs concernés doivent se mobiliser pour ce droit fondamental à l'éducation.
Or, on est très loin de l'objectif d'une école qui inclue tous les enfants : les disparités liées au sexe, le problème des minorités, des enfants déracinés et des enfants en situation de handicap subsistent.
La situation scolaire des enfants Roms en Europe Sur plus de 4 millions d'enfants Roms en Europe, 2 millions ne fréquentent jamais l'école de leur vie. Beaucoup de ceux qui vont à l'école sont placés dans des écoles spéciales où ils représentent jusqu'à 70% des élèves inscrits. Rapport 2005 du Comité consultatif de la Convention cadre du Conseil de l'Europe pour la protection des minorités nationales |
44. La qualité de l'enseignement est un sujet de grave préoccupation
En dépit d'importants progrès quantitatifs réalisés depuis 20 ans, la qualité de l'enseignement n'a pas toujours suivi et s'est même souvent détériorée, ce qui entraîne pour beaucoup la sortie du système scolaire.
La qualité de l'éducation En Amérique latine, « l'augmentation du taux d'inscription à l'école n'est pas suivie d'une amélioration de la qualité de l'enseignement et par conséquent la durée de présence des enfants dans le système éducatif est en dessous des attentes et des standards internationaux. »[54] En Asie, « [....] la qualité de l'éducation primaire s'est détériorée. La disponibilité d'enseignants et d'équipements scolaires (classes, livres, matériels d'apprentissage, toilettes et sanitaires), et le recrutement des enseignants n'ont pas eu une croissance proportionnelle à l'augmentation du nombre d'enfants. Les écoles avec des classes surpeuplées et des enseignants démotivés produisent des élèves incapables de dégager une pensée créative. Beaucoup d'enfants abandonnent l'école à cause de l'ennui et de l'absence des professeurs. »[55]
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Si on ne veut pas sacrifier des générations d'enfants, il faudra dans beaucoup de pays, au-delà de l'accroissement nécessaire de l'aide internationale, une redéfinition drastique des priorités budgétaires pour que le droit à l'instruction devienne effectif pour les millions d'enfants toujours privés d'école.
Droit à l'éducation « Dans le cadre général du droit à l'éducation, toute personne, seule ou en commun, a droit, tout au long de son existence, à une éducation et à une formation qui, en répondant à ses besoins éducatifs fondamentaux, contribuent au libre et plein développement de son identité culturelle dans le respect des droits d'autrui et de la diversité culturelle. » Article 6,1 Déclaration de Fribourg sur les Droits culturels |
45. L'école et le déracinement culturel des jeunes
Le déracinement culturel de beaucoup d'enfants constitue dans tous les pays un facteur majeur d'exclusion de l'école et, à terme, de marginalisation et d'appauvrissement.
Le cas du Brésil [56] Au Brésil, un grand nombre de familles originaires du milieu rural partent vers les villes. Elles sont alors obligées de vivre dans des favellas ou dans les rues. Les enfants et les adolescents y font une expérience très dure d'une survie difficile à cause de la violence, de la drogue et des trafics en tout genre qu'ils rencontrent dans ce milieu. Dans les « barrios » ou dans les favelas, quand il y a une école publique, les professeurs sont normalement issus de la classe moyenne urbaine. Ils ont une expérience de vie si différente qu'ils ne parviennent pas à comprendre celle de leurs élèves. Ces derniers, en effet, quand ils sont à l'école, ne peuvent exprimer la réalité brutale dans laquelle ils sont immergés parce qu'ils seraient très souvent en danger de mort s'ils en parlaient. En plus, les maîtres sont perturbés par certains comportements de leurs élèves dont ils ne comprennent pas la cause, ce qui peut aboutir à un rejet malgré leur bonne volonté initiale. Au fond, ces professeurs restent étrangers à l'expérience de leurs élèves. Le manque de résultats, l'abandon des études en sont l'effet visible et inacceptable. |
Pour permettre au plus grand nombre de ces enfants de surmonter ces difficultés, il s'avère souhaitable de recourir à des éducateurs-médiateurs, originaires de la même culture que l´enfant, ayant bien assimilé la ou les cultures dans lesquelles l´enfant doit aussi s´intégrer.
Ayant effectué un parcours semblable, bien que jamais identique, cet éducateur-médiateur peut mieux comprendre les difficultés auxquelles l'enfant fait face : lui-même a vécu ce que l´enfant vient de vivre, et vit déjà ce que l´enfant est appelé à vivre. Il peut alors l'aider à maintenir, à compléter et à valoriser sa culture d'origine. En même temps, il l´enrichit des dynamiques de nouvelles références culturelles ; surtout, il sert de modèle à l'enfant.
Il faut former en grand nombre ces éducateurs-médiateurs originaires de l'univers culturel de l'enfant, qui peuvent l'aider à passer graduellement à la nouvelle culture en suscitant et en soutenant sa résilience.
L´échec scolaire et l´abandon de l´école par des enfants déracinés concernent un nombre considérable d'enfants, même dans les pays industrialisés.
Il est impératif d'entamer une réflexion approfondie sur le système éducatif.
Celui-ci ne manque pas seulement d´investissements, il semble emprisonné dans des paradigmes et des attitudes conscientes et inconscientes qui ne lui permettent pas de comprendre les exigences du monde actuel ni de trouver des réponses[57]. D'où l'incompréhension de l'institution et la démotivation de nombreux professeurs et les résultats trop souvent décevants des élèves.
[53] Observation générale 1 du Comité des droits de l'enfant, 2001, CRC/GC/2001/1, §2 : Voir aussi l'Observation générale 13 du Comité des droits économiques, sociaux et culturels sur le droit à l'éducation (1999) et le rapport : « L'éducation pour tous : tenir nos engagements collectifs », cadre d'action adopté au Forum mondial sur l'éducation, Dakar, 26-28 avril 2000.
[54] Prise de position Amérique latine, p. 13.
[55] Prise de position Asie, p. 17.
[56] Exemple rapporté par le Père Clodoveo Piazza S.J., cf. note No 9.
[57] Par exemple, le développement du tutorat peut favoriser le partage des savoirs dans l'enseignement.