Une approche renouvelée de l'enfant
Si on donne à l'enfant des droits (ce que lui est dû) mais qu'il les reçoit de façon passive, il reste encore en pratique « objet » de droits. Pour qu'il devienne « sujet » de droits, nous pensons qu'il faut tout particulièrement :
soutenir la résilience des enfants ;
favoriser leur participation, leur solidarité et leur responsabilité ;
les aider à retrouver leurs racines et des repères.
Soutenir la résilience des enfants pour qu'ils puissent pleinement s'épanouir et jouir de leurs droits
21. Chaque enfant a en lui le potentiel pour se redresser et dépasser d'une façon constructive les nombreux défis et agressions, parfois très importants, que la vie lui impose.
C'est ce qu'on appelle la résilience.
Chaque enfant doit pouvoir développer cette résilience au cours de sa vie, tout comme son intelligence et sa capacité de résoudre des problèmes.
Là où ses droits sont menacés, l'enfant gagne beaucoup s'il peut manifester sa résilience : en luttant pour eux, il accroît ses chances de les voir reconnus. Il peut se sentir épanoui, même si son environnement reste très dur.
La résilience « La résilience se réfère aux dispositions personnelles et aux facteurs sociaux et de l'environnement de l'enfant qui permettent aux enfants de surmonter les pires conséquences de l'adversité ..., c'est une réalité de la vie qui souvent nous surprend, et qui illustre les potentialités humaines même dans les pires circonstances de la vie. Elle invite à mettre l'accent sur les éléments positifs de l'expérience de l'enfant... » Margaret Mc Callin « Résilience et droits de l'enfant » Colloque organisé par le Bice, Genève 2005 |
22. Son éducation et les attitudes des adultes se doivent donc de soutenir cette résilience.
Comment ? Fondamentalement en croyant à l'existence de celle-ci, en reconnaissant et en applaudissant ses manifestations progressives.
Évidemment, les adultes peuvent également faciliter l'exercice de la résilience en créant des conditions favorables telles que :
l'insertion dans un milieu vraiment affectif (famille, communauté) et qui soit perçu comme tel pour éveiller les énergies vitales de l'enfant, son estime personnelle et un sentiment de sécurité ;
l'identification à un contexte culturel bien défini qui structure la personnalité non seulement d'un point de vue culturel au sens strict, mais aussi sociologique, psychologique... ;
l'éducation dans la famille, à l'école, avec la communauté ;
le développement d'intérêts très variés dans différents domaines (sports, arts, initiation au travail, etc.) et de la capacité d'admirer ;
une famille qui s'auto-maintient même très modestement ;
une famille et une communauté qui pratiquent des services d´entraide, activement solidaires, ce qui favorise le développement de l´altruisme chez l'enfant.
La résilience de l'enfant doit être utilisée et renforcée. Elle peut être faible au début.
Il faut cependant la valoriser car elle peut devenir une de ses plus grandes richesses, dès l'enfance et jusqu'à l'âge adulte.
Nous voulons propager cette approche pour que les enfants puissent devenir de véritables sujets de droit.
Trois principes fondamentaux des projets développés sur la base de la résilience et des droits de l'enfant 1. Une approche contextuelle qui se fonde sur la participation de la communauté. 2. Le soutien et le renforcement des familles 3. Le soutien des capacités des travailleurs sociaux qui renforceront le réseau social de soutien aux enfants. Prise de position Asie, p. 13 |
Favoriser la participation, la solidarité et la responsabilité des enfants pour qu'ils deviennent protagonistes de leur vie
23. L'article 12 de la Convention donne à « l'enfant qui est capable de discernement le droit d'exprimer librement son opinion sur toute question l'intéressant, les opinions de l'enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité. »[17]
Cet article, avec les articles 13 à 15 qui reconnaissent aux enfants les libertés fondamentales de pensée, de conscience et de religion[18] et le droit d'association, ont favorisé le développement de la participation des enfants.
Une initiative lancée par les enfants Certains enfants africains « se sont déclarés « journalistes juniors » et mènent des investigations sur les violations des droits des enfants dans leur ville. Ils réalisent ensuite des émissions radios sur les antennes de leurs aînés afin de demander aux adultes et aux autorités, soit de réviser leur position, soit des mesures de protection adéquates ou de faciliter certaines formalités administratives. Prise de position Afrique, p. 5 |
Dans certaines régions, ce sont les enfants eux-mêmes qui font connaître la Convention à leurs pairs.
« Dans tous les pays d'Amérique latine, l'exercice du droit à la participation devient un facteur déclenchant de la transformation des cultures de domination de l'enfance, héritées du passé et encore présentes dans la société.»[19]
La participation des enfants et des adolescents fait évoluer les comportements traditionnels des adultes, souvent marqués par l'autoritarisme et même la violence, et permet d'amorcer un dialogue plus respectueux entre générations.
Ce développement de la participation des enfants se retrouve également en Afrique et en Asie.
« En Inde du Sud, les enfants [qui participent aux projets du Bice] ont compris la valeur de se retrouver et d'agir ensemble. [...] Ils sont très engagés dans les activités parascolaires comme les débats et le théâtre de rue qui contribuent au développement de leur créativité, de leur confiance et de leur estime de soi. [....] Au Népal, de très nombreux clubs pour les enfants ont été mis en place afin qu'ils se prononcent sur leurs problèmes dans divers forums de village, de quartier, et au niveau national. Les enfants jouent un rôle actif dans les mécanismes de soutien communautaire de leur village, et ils ont commencé des activités en faveur d'autres enfants.»[20]
Les enfants découvrent qu'ils peuvent avoir une influence dans les décisions qui les concernent, parce qu'ils peuvent comprendre, s'exprimer et décider. En même temps, ils apprennent les contraintes du dialogue, que l'on n'obtient pas toujours ce que l'on veut, et qu'il faut respecter le débat démocratique par la majorité, tout en continuant à agir.
L'expérience nous montre enfin que tout projet de développement intéressant les enfants requiert une participation active des enfants eux-mêmes et de leur communauté depuis sa conception, pendant sa mise en œuvre, et jusqu'à son évaluation.
Permettre aux enfants de retrouver leurs racines et des repères pour que leur vie prenne sens
24. Des racines
Le milieu culturel dans lequel un enfant naît ne détermine pas seulement des comportements, il influence aussi le monde émotionnel, les relations entre les personnes, la psychologie, les modes de raisonnement.
Un enfant peut s'adapter valablement à un changement de contexte à condition que la transition ne nie pas le passé, qu'elle soit graduelle et qu'elle soit portée positivement par ses parents et les autres personnes qui contribuent à son éducation.
Mais si un déracinement important et une tentative d´insertion dans une culture très différente surviennent de façon brutale, en niant ce qui a été jusque là vécu, si ce changement surgit avant que l'enfant ne soit suffisamment structuré dans sa situation précédente, il reste tout à fait perdu, incapable de profiter de sa nouvelle forme de vie. Cette démarche peut être très dangereuse pour lui et, dans certains cas aussi, pour la société où il est appelé à vivre.
Les enfants immigrés « Le choc de l'immigration, pour les enfants, c'est la précarité dans laquelle beaucoup d'entre eux sont obligés de survivre dans les pays ou les régions d'accueil (ou de refus d'accueil !), généralement considérés comme plus riches et « démocratiques » que le lieu d'origine. Un double discours évoque les droits des enfants mais les pousse en même temps à s'assimiler le plus rapidement possible à la culture d'accueil afin de devenir "comme les autres". Ce discours renvoie à l'enfant une image négative de ses parents et de sa culture d'appartenance, il le confronte à une inégalité de traitement et à des attitudes discriminatoires. L'indifférence, qui génère incertitudes et une grande insécurité pour l'avenir, se manifeste entre autres par la dégradation des conditions d'accueil, l'existence de centres de rétention fermés, les obstacles dans les procédures administratives ou les carences des politiques de protection des enfants exilés. » [21] |
Valoriser au contraire les ressources culturelles, les valeurs sur lesquelles l'enfant a d'abord construit son identité, c'est lui donner un fondement solide.
C'est stimuler chez lui une perception positive de lui-même et des siens, de son patrimoine, ainsi que le désir de connaître la nouvelle culture et de l'assimiler. Cette démarche encourage sa créativité, son ouverture et le pousse à une participation active.
25. Des repères
Il devient alors possible pour l'enfant d'acquérir de nouveaux repères sur les valeurs et le sens de la vie.
Nous savons que le jeu, la « philosophie pour les enfants », des activités tournées vers les autres, le sport d'équipe, diverses formes d'expression artistiques et l'humour constructif, avec la distance bienveillante et rieuse qu'il introduit par rapport aux situations vécues, peuvent être porteurs de sens pour les enfants.
L'enfant doit également disposer de repères dans le passé : la connaissance de celui-ci l'inscrit dans une histoire et une mémoire collective qui fondent son sentiment d'appartenance, donnent sens à son présent et facilitent sa projection dans le futur.
Nous savons également que les valeurs héritées de traditions philosophiques et culturelles, comme la dimension religieuse reçue de sa famille et de sa tradition dans ses premières années, constituent pour l'enfant des fondements sur lesquels il pourra s'appuyer tout au long de sa vie.
Lorsque la culture de l´enfant comporte une dimension religieuse et s'il la conserve comme une richesse tout en préservant une possibilité d'examen critique, elle constituera pour lui une profonde ressource.
Quand la dimension religieuse de la culture n'est pas respectée, la société coupe pour beaucoup d´enfants la possibilité d'une très grande expérience de vie : celle d'un authentique éveil spirituel ou, pour le croyant, de la rencontre personnelle avec Dieu.
Liberté de pensée, de conscience et de religion « Les États parties respectent le droit de l'enfant à la liberté de pensée, de conscience et de religion. Les États parties respectent le droit et le devoir des parents ou, le cas échéant, des représentants légaux de l'enfant, de guider celui-ci dans l'exercice du droit susmentionné d'une manière qui corresponde au développement de ses capacités. » Article 14 (§1 et 2) de la Convention |
[17] Sur le droit de l'enfant à être entendu, voir les recommandations de la Journée de débat général du Comité des droits de l'enfant, 43ième session, 29 septembre 2006, disponible sur la page web du Comité :
http://www2.ohchr.org/english/bodies/crc/discussion.htm.
[18] La Convention précise à propos de ces droits (art. 14§2) le devoir des parents ou des représentants légaux de l'enfant d'en guider l'exercice d'une manière qui corresponde au développement de ses capacités.
[19] Prise de position Amérique latine, p. 8.
[20] Prise de position Asie, p. 9.
[21] Prise de position Europe-CEI, p.12.